Ma philatélie
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L'émir Abdelkader "christianisé"
La malheureuse bévue de La Poste


Timbre Abdelkader (2008) Vive émotion en Algérie à l'annonce de l'émission d'un timbre à l'effigie de l'émir Abd-el-Kader, principal résistant à l'invasion française entre 1830 et 1849. Ce n'est pas le personnage, bien sûr, qui suscite la réprobation mais le texte de présentation de Philinfo, le communiqué de Phil@poste qui fait descendre le grand leader musulman d'une famille "chrétienne". Mauvaise pioche : il fallait lire "chérifienne" (1), Abd-el-Kader étant issu d'une des plus anciennes familles nobles du Maghreb, les Banou Ifren. Lapsus regrettable puisqu'il qu'il touche à un sujet particulièrement sensible en ce moment : les rapports entre Islam et Occident, perturbés par les excès de radicalismes religieux, militants et exacerbés. On n'avait pas franchement besoin d'un tel pataquès.
C'est d'autant plus dommage qu'Abd-el-Kader est l'archétype du héros, un chevalier "sans peur et sans reproche" à la sauce harissa. Un guerrier habile qui ne rompra que devant des forces supérieures en nombre et en armes, un administrateur avisé doublé d'un penseur humaniste, un théologien ouvert qui deviendra l'un des amis les plus fidèles de la France et du progrès, allant jusqu'à mettre sa réputation en jeu pour réprouver en 1860 le massacre des chrétiens de Syrie.
Il est ainsi le parfait symbole d'une amitié franco-algérienne fondée sur un respect et une fraternité que connaissent bien d'anciens belligérants. Risquer d'en faire une pomme de discorde est d'autant plus mal venu.

C'est
un chargé d'enseignement de l’université catholique de Lyon, philatéliste spécialiste de l'Algérie, Gilles Thévenon, qui a décelé cette méprise capable de "susciter un incident diplomatique", selon ses propos relayés par le quotidien algérien El Watan
"N'y aurait-il pas de comité de relecture ?", aurait demandé Gilles Thévenon à la directrice de Philaposte, Françoise Eslinger.

La Poste a simplement été victime de mots voisins, des mots ayant un visuel similaire mais un sens opposé quoique plausible, l'un et l'autre. Un type de coquille qui, en outre, échappe facilement à la relecture. L'erreur rédactionnelle est d'avoir réduit l'oeuvre d'Abd-el-Kader à sa seule naissance : "Né près de Mascara en 1808, descendant d'une ancienne famille chrétienne de marabouts, il fut élevé dans le respect de la religion", donnant, du coup, à la bévue, une importance démesurée (2).

On peut désormais compter sur les spécialistes de la désinformation, les extrémistes de tout poil et ceux qui se font un malin plaisir de dresser les gens les uns contre les autres pour monter cette méprise involontaire en épingle. Pour faire en sorte qu'une minime faute d'attention alimente une croisade idéologique.
Un procédé que le fougueux et honorable Abd-el-Kader aurait sans doute condamné.
27.1.08


Chérif : prince, chez les Arabes (cf Petit Robert).
Philinfo se contente de cette légende parfaitement inexplicite en guise de présentation d'Abd-el-Kader. La biographie détaillée de l'émir figure dans Timbres & Vous, le supplément de Philinfo.

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