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Ma
philatélie [Réflexions, humeurs et conseils] |
Vos réactions |
| [Pour une "évolution culturelle"] | ||
| En finir avec une Philatélie systématique | ||
| Comme je l'ai écrit dans les avantages/ inconvénients
de la
philatélie, le timbre a la
particularité de faire l'objet d'une émission
officielle, programmée, par un organisme
public, sous contrôle
de l'État. Ça évite
quelques mauvaises surprises, mais aussi les surprises en
général, ce qui est plutôt paradoxal
pour
une collection. Quand on collectionne les tickets de métro, les vases Ming ou les boutons de culottes, on part à l'aventure. Généralement, il n'existe pas de négociants spécialisés. On visite les brocanteurs, les salons d'antiquités, les vide-greniers, sans jamais savoir ce qu'on trouvera ni, surtout, ce qu'on découvrira. Car, même si ces objets sont anciens et collectionnés depuis des lustres, même si des amateurs éclairés ont exposé ou publié sur leur collection, ces sujets conservent d'importantes parts de mystère. Passe encore pour les tickets de métro, dont la forme n'évoluait que très épisodiquement, toujours au vu et su des usagers, mais les boutons de culotte ?... Comment peut-on connaître tous les modèles fabriqués dans des dizaines d'usines en France, des centaines à l'étranger, pendant des décennies ? Et les tailles, les formes, les matières, les couleurs... D'autres collections sont encore plus difficiles à inventorier : les stylos publicitaires, les papiers à en-tête, les pin's, par exemple. Car n'importe lequel d'entre nous peut en émettre, dans les conditions qu'il fixe lui-même. |
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| Au début, la philatélie
était une
collection comme une autre. Quelques originaux s'étaient mis
en
tête de ramasser ces vignettes postales
émises dans
le monde entier. Des dizaines de timbres, puis des centaines. Alors on
édita des catalogues et des revues, histoire de bien
recenser ce
qui existait et ce qui paraissait. Pour leur faciliter le travail, les
postes prirent l'habitude
d'annoncer leurs émissions. Les quelques zones d'ombres
tenaient
souvent à des émissions locales,
réalisées
dans des périodes troublées ou dans des pays
lointains
dotés de peu de moyens de communication et d'institutions
peu
rigoureuses. À ces rares exception près, les
émissions ont eu lieu officiellement,
en pleine lumière. Très vite, par
conséquent,
la
philatélie a consisté
à réunir chronologiquement tous les
timbres
émis par un ou plusieurs pays. C'est encore la
façon
dont la majorité des
philatélistes abordent la collection. Conséquence logique : les collectionneurs ont voulu "être complet", "ne pas avoir de case (d'album !) vide". En cela, la philatélie s'écarte de la plupart des autres collections. Pas besoin d'être un collectionneur-né pour s'adonner à la philatélie. Ne parle-t-on pas de la "glorieuse incertitude du sport" ? à l'évidence, le remplissage de case n'est pas une activité sportive. L'ennui, avec cette philatélie systématique, "robotisée", c'est qu'elle manque de sel et qu'elle induit des comportements de passivité et de dépendance. Elle a aussi donné naissance à deux monstruosités : la "mancoliste" (liste des timbres manquant dans une collection) et l'abonnement aux nouveautés. Deux artifices pour que la collection se complète d'elle-même, sans effort, sans surprise. Cette façon de collectionner montre aujourd'hui ses limites et induit la faiblesse de notre hobby après, sans doute, en avoir fait la force. Car cette facilité apparente a été un des facteurs qui ont mis la philatélie à la portée du plus grand nombre : il suffit de se procurer les timbres du moment à la poste et les plus anciens chez des négociants spécialisés. On sait assez bien ce qui nous manque et où le trouver, la seule incertitude restant, bien souvent, le prix auquel on va le payer. Et comme on a longtemps bercé les philatélistes dans l'illusion que toute collection prenait de la valeur avec le temps, beaucoup se sont mis à acheter les timbres en triple ou en quadruple pour constituer des collections-patrimoines pour leurs descendants. C'est un peu comme lâcher des faisans d'élevage sous le nez d'un chasseur. Au début, il peut être content de faire de beaux tableaux. À la longue, il trouvera ça ennuyeux et ne sera pas dupe : ça ne fera jamais de lui un grand chasseur. |
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| Au début, on pouvait raisonnablement
envisager d'être complet. Ensuite, on est
allé de renoncement en renoncement. Lorsqu'il
est devenu impossible de collectionner le monde entier, on s'est
limité à quelques pays, puis uniquement au sien.
Et, même dans ce cas, la frustration guette. Il y a des
timbres qu'on n'aura jamais. Trop chers. Combien de
collectionneurs disent : "j'ai
tout sauf une dizaine
(quinzaine, cinquantaine...) de timbres que je ne peux pas m'offrir".
Et lorsque, à force d'économies, ils s'offrent un
Pont du
Gard ou un Burelé, ils le placent à la case
correspondante, referment leur album et attendent une paire
d'années supplémentaire d'avoir le budget
suffisant pour boucher une nouvelle
case. Personnellement, je ne trouve pas ça formidablement
enthousiasmant et je me dis qu'il est temps de passer à
autre chose. Mais, hélas, mille fois hélas, un
très grand nombre de philatélistes n'imaginent
pas ce qu'on peut faire d'autre. LÀ EST LE NOEUD DU PROBLÈME, LA GRANDE FAIBLESSE DE LA PHILATÉLIE. Certes, tout le monde est libre de collectionner comme il l'entend. Cette liberté, je la prône, je la défends. Tant qu'on y prend du plaisir. Car lorsqu'on n'y trouve que mécontentement et frustration, c'est qu'il est temps de passer à autre chose. L'abonnement aux nouveautés est, selon moi, une sorte d'enfermement. On est tributaire des sujets et du nombre de timbres émis par La Poste. Mais c'est un enfermement LIBREMENT CONSENTI. Ce que je n'arrive pas à comprendre, en revanche, c'est ceux qui râlent après La Poste, disent qu'il y a trop de timbres, qu'ils sont majoritairement moches et qui, invariablement depuis des décennies, achètent toutes ces innombrables mochetés. Au nom de quoi ? Qui a décrété qu'il fallait "être complet" ? De toute façon, c'est impossible : il manquera toujours le Vermillon, le Bleu de Prusse, le 1 F de l'Empire, etc. Alors, à quoi bon ? Le pire est quand, lassé d'absorber ces timbres qu'ils méprisent, des collectionneurs finissent par abandonner la philatélie, passant d'un excès à un autre. Je vous jure que tous ceux qui collectionnent les variétés, les marques postales de leur département, les timbres de France oblitérés de 1900 à 1950, les chats ou les pivoines, les lettres taxées, sont parfaitement insensibles à la politique philatélique de La Poste : elle peut émettre 350 timbres par an, cela ne les gênera en rien et ne leur fera jamais arrêter leur collection. Ces collections alternatives, y compris la classe ouverte (mélange de timbres et d'autres éléments sur un thème donné) sont infiniment plus séduisantes pour les jeunes. N'escomptez pas les intéresser avec des centaines de vignettes alignées en rangs d'oignons dans des albums poussiéreux. Et, ce, d'autant moins qu'une simple collection de France de ces trente dernières années en neuf est largement hors de leur portée, question budget. Cette philatélie systématique était encore attrayante dans les années 1960 ; aujourd'hui, elle fait beaucoup moins rêver. Le plus extraordinaire dans cette histoire est que La Poste suggère elle-même aux philatélistes de ne plus collectionner la totalité de ce qu'elle émet. Dans une récente interview donnée à L'Écho de la Timbrologie (1), la directrice commerciale de Phil@poste, Adrienne Rosemberg, se défendait d'une politique d'émission inflationniste, soutenant que "le panier moyen n'a pas tellement évolué." Mais, dans le même temps, elle suggérait : "Peut-être faut-il faire un choix ? On peut prendre tous les timbres du programme philatélique (ce que La Poste nomme les "beaux timbres", NDLR), on peut faire des thématiques." À Aude Ben-Moha qui lui rétorquait que ce n'est pas dans les habitudes des collectionneurs, Adrienne Rosemberg insistait : "Encore une fois, il faut sans doute adapter sa collection à ses propres critères." ![]() Cette attitude de La Poste n'est pas nouvelle. En 2004, dans les colonnes du même journal (2), Françoise Eslinger, directrice de Phil@poste déclarait à propos du bloc Rouge-Gorge : "Il s'inscrit dans de l'événementiel, pas dans la collection. [...] Je tiens à cet objet qui est joli. Le but n'est pas d'accroître le prix de la collection, ce n'est pas un objet qu'on doit collectionner sous prétexte qu'on collectionne tout." Mieux, en 2003, à son arrivée à la tête du SNTP, elle répondait ainsi au reproche du trop grand nombre de timbres émis : "Trop de timbre ne veut rien dire. Quand je suis arrivée au SNTP, la philatélie était sur une pente descendante vertigineuse : ni postiers ni grand public ne s'y intéressait plus, ce n'était plus qu'une affaire de spécialistes. Il faut comprendre que l'on est aujourd'hui dans une société où c'est l'offre qui suscite la demande.[...] La première entrée pour le timbre est la lettre. Le timbre "occasion" (bonne fête, faire-part, NDLR), le beau timbre, ne sont pas seulement destinés aux philatélistes. Sinon, demain, il n'y aura plus de philatéliste et donc plus de timbres." |
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| Phil@poste semble avoir partiellement atteint ses
objectifs puisque, en
terme de chiffre d'affaires, la part du grand public compense
partiellement la diminution du nombre d'abonnés.
Même s'il
est impossible de savoir quelle pourcentage de ces personnes deviennent
des
philatélistes, seule La Poste a les moyens d'aller vers
elles. Alors, c'est certain, l'offre s'est étoffée. Et, comme bon nombre de philatélistes ont encore l'habitude de tout acheter, c'est tout bénéfice pour La Poste. La Poste et la philatélie ont bien des intérêts communs mais aussi quelques intérêts divergents. La Poste suit sa propre logique en diversifiant son offre. Rien n'oblige les collectionneurs à la suivre aveuglément. |
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| Articles connexes : -- Le timbre, objet à collectionner ou objet de collection ? -- Le Rouge-Gorge va-t-il tuer la poule aux oeufs d'or ? -- L'art de vendre du vide -- La Philatélie, pour quoi faire ? |
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| (1) L'Écho de la Timbrologie n° 1806, avril 2007 | ||
| (2) L'Écho de la Timbrologie n° 1775, juin 2004 | ||
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| Tous droits réservés 12.6.2007 |
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