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Ma philatélie
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Aux limites du timbre
la France, "république bananière" de la philatélie
Mes récents propos sur les blocs-souvenirs France-Canada ont choqué plusieurs internautes. Je laissais clairement entendre qu'il ne s'agissait pas de timbres véritables. Bernard, en particulier, conteste ce point de vue : "Les timbres du bloc ont une valeur faciale et peuvent servir à l’affranchissement du courrier, affirme-t-il. Certes le bloc est vendu à un prix qui dépasse la valeur d’affranchissement du timbre, mais tel est le cas de nombreux blocs depuis les débuts des blocs-feuillets en France. Les modalités – contestables – de sa commercialisation ne disqualifient pas ce bloc en tant que timbre."
Je ne suis pas du même avis. Petit retour en arrière.

1914, premiers timbres français avec surtaxes : Semeuses de 10 c + 5 c au profit de la Croix-Rouge. Trois ans plus tard, la série Orphelins augmente la ponction avec, notamment, le 5 F + 5 F. Le supplément est élevé mais on est en guerre. Ceci justifie sans doute cela. Personne ne trouve à redire. La série deviendra une valeur sûre de la philatélie du XXe siècle. Mais, en 1922, les invendus sont revus à la baisse au moyen d'une surcharge (5 F + 1,25 F). On aurait pu en rester là...
1928, début des émissions pour la Caisse d'amortissement. 1,50 F + 8,50 F Travail. 15 % d'affranchissement, 85 % de surtaxe. 1943, bande francisque tricolore : 6 F + 44 F. 12 % d'affranchissement, 88 % d'autre chose.

Franchement, si ça ce sont des timbres-poste, c'est que je n'ai rien compris à l'usage des timbres-poste, vignettes affranchissant du courrier.

Qu'on ajoute une petite surtaxe pour participer, ponctuellement, à une oeuvre de bienfaisance ou à un effort national, pourquoi pas. Encore faut-il fixer des limites raisonnables. Eh bien, cela a été fait. Devant le ras-le bol des philatélistes, une règle a été établie par la Poste. En 1951 ou 1952 (j'écris de mémoire, merci à ceux qui auraient un peu de temps pour plonger dans les textes et retrouver les sources exactes), il est décidé que seule la Croix-Rouge sera désormais bénéficiaire des surtaxes et que celles-ci ne pourront pas excéder 20 % de la valeur faciale (ou du pouvoir d'affranchissement ?).
Autrement dit, la Poste fixe elle-même les limites. En deçà de ces limites, on a un timbre. Au-delà...

Maintenant, examinons nos actuels blocs-souvenirs. Prix : 15 euros ; pouvoir d'affranchissement : 3 €, soit 20 % du total. Ce n'est pas le bout de carton faisant office de protection qui justifie la différence. Il n'est qu'un prétexte pour faire passer ces blocs pour autre chose. De plus, le bénéficiaire de cette surtaxe démesurée n'est pas la Croix-Rouge mais La Poste elle-même. Eh oui ! cette même Poste qui a fixé les règles de bonne conduite en matière d'émission de timbres...

Pas convaincu ?

Je rappellerai simplement le code de déontologie de l'Union postale universelle (UPU). La Poste française le transgresse de plus en plus régulièrement. Avec ses surtaxes démentielles. Avec ses tirages limités. Avec cette façon d'orchestrer la prétendue rareté de certaines émissions. À ce sujet, le pseudo événement de la Marianne en argent à 5 euros est révélateur et affligeant. "Pour chaque émission, les administrations postales doivent s'assurer de l'impression d'une quantité suffisante de timbres-poste pour répondre à la demande potentielle des services et aux besoins philatéliques prévisibles.", prévoit le code de déontologie de l'UPU qui demande également de "s'abstenir d'appuyer ou d'approuver l'emploi de tout artifice destiné à accroître la vente de leurs timbres-poste ou de produits qui comportent des timbres-poste en laissant supposer une rareté possible des produits en question."
La Poste française se vante de faire le contraire. Philinfo de juin (n° 127) fait une surenchère digne de mauvais camelots : "Ce timbre est émis en tirage très limité. Une vraie pièce de collection. [...] En vente pendant toute la durée du salon. Les ventes seront limitées afin de satisfaire un maximum de clients." Arguments aussitôt remis en cause par un communiqué du Salon du Timbre annonçant le timbre comme étant disponible dans les abonnements et sur commande... à partir de janvier 2009 ! Le "timbre rare" que tout le monde pourra se procurer... La Poste ne sait plus quoi inventer pour vendre la marchandise. Elle risque de perdre toute crédibilité.

La masse de timbres et de produits émis lors du Salon du Timbre est un autre symptôme de cette perte de repères. Ces ventes anticipées de timbres qui ne seront disponibles dans les bureaux que plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard n'ont aucun sens, si ce n'est de faire de l'argent tout de suite.

Selon une étude réalisée par le très sérieux Michel Rundschau, observateur attentif des émissions de par le monde depuis près de quarante ans, la France détient le triste record de la plus grande dégradation de sa politique d'émissions en terme de quantité de timbres et de dépenses. Entre 1995 et 2002, notre pays naviguait entre les 40e et 70e rang. Aujourd'hui, il figure parmi les dix pays les plus onéreux de la planète. En dix ans, le nombre d'émissions annuelles et le montant des valeurs faciales ont augmenté de 170 %, en moyenne. Mais, compte tenu des surtaxes, les dépenses réelles ont augmenté de 280 % !

Nous sommes désormais passés devant certaines de ces "républiques bananières" d'Afrique, des Antilles ou d'Océanie dont nous plaignions les collectionneurs il n'y a pas si longtemps. Pauvres amateurs de timbres du Togo, du Guyana, de Saint-Vincent ou de Kiribati.

Et pauvres collectionneurs français.

1.7.08
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J'avais repris le top 10 2005 des émetteurs de timbres :  sur mon blog.  La France était 5e. Mais, soyons juste, à l'exception du 1er avec 417 timbres, les neuf suivants se tiennent dans un mouchoir de poche avec 135 à 175 timbres. J'ignore le décompte qu'a fait Michel. Dans Philatelix j'avais compté 193 références (donc la France serait 2e !). Et la France n'est pas le seul pays philatélique "sérieux" à figurer dans ce palmarès... Dominique Stéphan
Le nombre de timbre n'est pas le seul critère. Les États-Unis avaient émis plus de timbres que la France mais ce sont, pour l'essentiel, des timbres faits pour servir, avec beaucoup de carnets. Les Américains ne croulent pas comme nous sous les émissions à surtaxe, les multiples présentations d'un même timbre. De l'autre côté de l'Atlantique, les timbres sont faits pour affranchir le courrier. En France, on a l'impression que La Poste a décidé de gaver les collectionneurs d'émissions superflues, jusqu'à l'indigestion. Comme Dominique Stéphan, je m'inquiète des partenariats Monnaie de Paris-La Poste.
En vendant des monnaies commémoratives à 1 000 % de leur valeur faciale et, sans doute, aux alentours de 5 000 à 10 000 % de leur coût de fabrication, La Monnaie de Paris a une activité à grande valeur ajoutée pour un établissement public à
caractère industriel ou commercial. Son site Internet n'est d'ailleurs qu'une boutique très ordinaire.  
Il y aura toujours, hélas, un grand nombre d'amateurs de ces "tirages limités", raretés fabriquées et autres promesses de bon placement. Car le problème, ce n'est pas La Monnaie de Paris, ce n'est pas La Poste, mais les acheteurs.

"Vous n’êtes pas raisonnable non plus, disait Coluche. Quand on pense qu'il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça se vende pas. "  CJ

4.7.08

Tout à fait d’accord avec l’essentiel de ce point de vue très bien documenté. Lorsque j’évoquais les modalités contestables de la commercialisation de ces blocs j’entendais notamment le prix de vente, mais aussi le fait d’en émettre cinq avec le même timbre. Mais il s’agit bien de timbres, surtaxés en catimini certes, valables pour l’affranchissement du courrier. Je ne pense pas, vu la profusion d’émissions – justement incriminée dans votre billet – qu’ils connaîtront le même destin que les Orphelins. C’est plutôt nous collectionneurs qui sommes orphelins d’une certaine idée de la philatélie. Bernard

Il faut cesser d'utiliser l'expression "république bananière" quand vous parlez de la France. C'est insultant pour des pays comme, par exemple, le Honduras où j'ai des liens familiaux. BL
26.8.08


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