ma philatélie - accueil
Ma philatélie
[Réflexions, humeurs et conseils]
Vos réactions

Le Rouge-Gorge va-t-il tuer 
la poule aux oeufs d'or ?
Sept blocs-souvenirs vont être émis pendant le prochain Salon du Timbre ! La Poste serait-elle en train de tuer la philatélie et les philatélistes par indigestion de produits de plus en plus éloignés du timbre et... de la Poste.?
2006_blocS-mozart
Un des six blocs Mozart émis ce mois-ci au prix de 15 euros la série.  Il y en aura également un sur le golf (3 euros).

Acte 1 : le bloc Rouge-Gorge
Fin 2003, la Poste réalise une émission inédite à partir du timbre Rouge-Gorge émis pour les voeux. Jusque-là en feuille et en carnet, le timbre est placé au centre d'un bloc gommé lui-même inséré dans un carton illustré à deux volets. De quoi s'agit-il ? Pour le Service Philatélique de La Poste (SPP), c'est une carte de voeux comme il en commercialise depuis plusieurs années.
2003_bloc_rouge-gorge
Mais au lieu d'éditer une carte ordinaire, il a eu "l'idée", cette année-là, de mettre le timbre Rouge-Gorge en scène au milieu d'un papier gommé plus large, plus joli. Plus à même de séduire les collectionneurs...

Preuve que La Poste n'a pas conscience de la portée de cette émission, le bloc est annoncé dans un petit supplément de Noël du catalogue du SPP comme étant un... prêt-à-poster !!!
Parmi les acheteurs habituels de la carte de voeux, il en est un qui comprend l'intérêt de ce bloc. Car, contrairement au label de La Poste, il s'agit d'un véritable bloc, disponible uniquement sous cette forme et sans doute émis en très petite quantité (+ ou -.50.000 exemplaires, apprendra-t-on par la suite auprès de responsables de La Poste). Compte tenu du mode de diffusion, le bloc a toutes les chances de passer inaperçu.
Pour la première fois de son histoire, La Poste avait émis un timbre sans le savoir ! Mais un timbre de 0,50.euro (valeur faciale) vendu 3.euros...
Aussitôt, deux grands négociants en achètent 5.000 chacun ! Huit jours plus tard le bloc est épuisé et, dans les semaines qui suivent, il vaut 150 euros sur le marché. Pour une mise de 30.000 euros, les deux négociants qui ont flairé le coup peuvent potentiellement réaliser un chiffre d'affaires de... 1,5.million d'euros.! Les catalogues Dallay et Yvert et Tellier vont coter le bloc Rouge-Gorge 200 euros.

Acte 2 : La Poste orchestre la spéculation
Le bloc Rouge-Gorge suscite un mécontentement sans précédent. Des milliers de collectionneurs se sentiront frustrés, voire floués par La  Poste. A commencer par les réservataires et les abonnés, à qui le bloc n'est pas attribué. Beaucoup se sentent exclus.  La Poste, elle, semble en tirer un autre enseignement : l'attrait que la rareté exerce sur les collectionneurs. Quelques mois plus tard, elle émet un bloc similaire dans le cadre des émissions annonces des Jeux olympiques d'Athènes. Comme attendu, les collectionneurs vont se précipiter sur ce bloc dont le tirage, sans doute important, suffira à répondre à l'importante demande. Depuis, d'autres "blocs-souvenirs" ont été émis, notamment pour les fêtes de fin d'année ou l'année Jules Verne.
2005_bloc_gordon-bennett
2004_bloc_jo
Et puis, sans crier gare, La poste émet en 2005 un bloc pour le centenaire de la course Gordon-Bennett. Un bloc que personne ne verra, à part quelques négociants et collectionneurs qui en constituent de confortables stocks. Un bloc qui se vend entre 40 et 50.euros sur Internet. Impossible de parler de "délit d'initiés", comme cela est souvent évoqué dans les conversations. En revanche, il est clair que La Poste a compris le système pour vendre des blocs six fois leur valeur faciale en soufflant le chaud et le froid, alternant les blocs à gros tirage (donc générant un important bénéfice) avec les blocs à diffusion confidentielle (relançant la spéculation, l'impression de rareté, et faisant le bonheur de quelques revendeurs). 

Acte 3 : le découragement au bout de la route ?
La Poste a raison de penser que la promesse du bon placement agit comme moteur d'achat. Sauf qu'elle orchestre elle-même cette promesse, ce qui n'est pas son rôle, et qu'elle en exclut ses meilleurs clients. Les collectionneurs n'ont généralement accès qu'à ce qui est commun; les raretés, ils doivent les payer au prix extra-fort.  
Jusqu'à la fin des années 1990, La Poste faisait tout pour enrayer la spéculation sur les timbres. Jusqu'à se rendre ridicule (1). Mais elle savait qu'à moyen et long termes, les prix arbitrairement gonflés ou les opérations "raretés" artificielles laissent la philatélie sinistrée (2).
Nul doute que Phil@poste, la branche philatélie de La Poste, affiche de bons résultats financiers, notamment en récupérant et en comptabilisant les réservataires qui se fournissaient jusqu'ici en nouveautés auprès de leur bureau de poste. Mais comme le nombre global des -.véritables.- collectionneurs est en baisse, ces derniers sont davantage sollicités.  
En faisant parler du timbre, ces "opérations séduction" fondées sur la rareté et la valeur attirent sans doute des amateurs. Mais ce sont des amateurs versatiles, spéculateurs d'un jour, capables d'acheter et de vendre des timbres comme des actions, sans états d'âme. Ces opérations donnent une image erronée de la philatélie, considérée comme un hobby, voire une passion, par la grande majorité de ses adeptes. Elles créent peut-être un mouvement de masse qui entretient la spéculation, comme un effet de mode. Mais elles détournent les collectionneurs d'une philatélie pérenne reposant sur des bases solides, c'est-à-dire les timbres anciens dont beaucoup, mal cotés, sont nettement plus rares que ces blocs-souvenirs dont des stocks sont constitués dès leur émission.
Finalement, ces opérations sont vouées à l'échec car elles font infiniment plus de mécontents (les collectionneurs frustrés) que d'heureux (les quelques vendeurs). Le résultat est toujours catastrophique.  Il suffit de regarder ce que sont devenus les collections de porte-clefs ou de pin's ou de voir comment France Télécom, après avoir croqué le beau fruit que représentait le marché de la télécarte, a fini par recracher le noyau que formaient les collectionneurs.

Épilogue (provisoire)

Sept blocs-souvenirs seront mis en vente lors du Salon du Timbre. Et aussi des "gravures" sortes de tirages en taille-douce réalisés à partir de poinçons apparemment anciens et sans rapport direct avec les timbres, vendus entre 6 et 8.euros. Ajoutés aux "Carnets de voyage" , aux "prêt-à-poster" pléthoriques (proposés en abonnement 255 euros pour l'année 2006.!) et aux timbres personnalisés vendu à 150.% de leur valeur quand ils ne sont pas personnalisés, cela fait beaucoup de "produits annexes".  
Les timbres ne constituent plus qu'une infime partie de l'offre philatélique...

(1) En 1991, le bureau de poste de Marseille édite un carnet de timbres avec une couverture de fabrication locale. Pour enrayer la spéculation qui se fait jour et réduire le mécontentement qui l'accompagne parmi les collectionneurs non informés, La Poste en réalise une copie qu'elle diffuse très largement au plan national. La copie n'étant évidemment pas conforme, l'original reste identifiable et quinze fois mieux coté...

(2) Voir la cote ridiculement basse des timbres des années 1944-47 et 1965-75. Très spéculés à leur époque (blanchiment d'argent du marché noir dans les années 1940, produits de placements conseillés par des organismes financiers et bancaires dans la période 1965-1975), ils ont été remis sur le marché en masse par des spéculateurs pressés de réaliser leurs bénéfices, ce qui a effondré les cours.
Voir également le carnet Célébrités 1985, vendu jusqu'à 75.euros dans les mois qui ont suivie son émission.Aujourd'hui, il peine à changer de main pour 9.euros.


Voir encore l'affaire Afinsa-Forum Filatelico en Espagne : ces sociétés proposaient des placements à 6.% annuels sur les timbres, notamment les émissions "Europa" à des investisseurs non philatélistes. Perte de confiance ou escroquerie.?, la justice espagnole devra trancher. Il n'en reste pas moins que 350.000 clients de ces entreprises ont perdu leur argent et le Premier ministre espagnol, en personne, a été forcé d'intervenir pour que la lumière soit faite sur le plus grand scandale financier de l'après-guerre, portant sur 3,5.milliards d'euros, selon la presse espagnole...

Réagir à cet article. Droits réservés. Juin 2006.

Vos réactions
Une seule façon de remédier à ce scandale qui profite à certains exploiteurs des collectionneurs : La Poste n'a qu'à émettre une quantité importante de blocs, des centaines de milliers et, hop ! terminé !
Certains pays l'ont déjà fait ! La Belgique, avec l'erreur de prénom de la première reine des Belges, Marie Louise, au lieu de Louise Marie. Autant que je me souvienne, pendant quelque temps, le timbre avec erreur s'est vendu cent fois plus cher que sa valeur d'émission, jusqu'au moment où l’État à entendu parler de la chose et a, pour éviter l'effet de surenchère, émis autant de timbres de chaque sorte .
La Poste française n'a qu'à faire la même chose et tant pis pour les "spéculateurs" . Mamie