| Ma
philatélie [Réflexions, humeurs et conseils] |
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| Le scandale des
Colissimo... et la dégradation
du service universel postal | ||||||||||||
| En
validant une nouvelle hausse des tarifs Colissimo au 1er mars 2008,
l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes
(Arcep) souligne (1)
que
l'acheminement des colis en France a considérablement augmenté ces
derniers temps : + 8,6 %, en moyenne, sur deux ans. C'est simple : le
transport de colis par Coliposte est supérieur de 15,5 % à ce qui se
pratique en Espagne, de + 30,8 % par rapport à la Belgique, +
54,6 %
avec l'Allemagne et + 71,3 % avec la Suisse ! Sans doute un des rares
domaines dans lequel La Poste française écrase ses rivales
européennes... Ce constat est d'autant plus désolant que La Poste a supprimé en mars 2006 le service Coliéco qui, comme son nom l'indiquait, offrait un service meilleur marché, notamment parce qu'il ne comportait ni suivi, ni attestation de distribution. Ces prix exorbitants doivent être rapprochés de la tentative de La Poste d'assimiler à des colis tout courrier qu'elle juge trop épais, trop rigide, trop encombrant ou trop "je-ne-sais-quoi". Ainsi, jusqu'en octobre 2007, elle demandait aux guichetiers de s'enquérir de la nature des envois, en violation des lois fondamentales sur le secret de la correspondance et de sa propre règlementation qui définissait une "Lettre" à ses dimensions normalisées et à un poids maximum (3 kg). L'Arcep avait mis fin aux questions sur le contenu. La Poste avait répliqué en interdisant d’insérer des objets dans les envois au tarif "lettre" et en créant une gamme "Lettre Max" à peine moins onéreuse que les Colissimo. Résultat : elle fait payer 2,10 euros (Lettre Max) l'envoi du moindre CD. C'est un scandale au regard des missions de service universel auxquelles elle est censée être soumise. Constatant que, dans la plupart des autres pays, de petits objets comme des DVD bénéficient du tarif "Lettre", l'Arcep se contente d'estimer que "le niveau et l’évolution des tarifs des colis du service universel ne se conçoivent que sous réserve de l’existence d’une offre complémentaire à un tarif équivalent ou proche du tarif « lettre », pour des envois d’un format standard adapté au dépôt et à la remise en boîtes aux lettres et permettant son usage pour une variété suffisante d’objets dont la valeur ne justifie pas le recours au Colissimo". Cet avis, qui ressemble plus à un constat d'impuissance qu'à une injonction, reste pour le moins flou car il ne définit pas le type d'objets qui pourraient être concernés (livres, dossiers...?) Il a au moins l'avantage de mettre l'accent sur le format (et, indirectement, sur le poids) "adapté au dépôt et à la remise en boîtes aux lettres". Car jusqu'ici, ces deux critères étaient les seuls pris en compte (2). Il faudra, d'ailleurs, que La Poste et l'Arcep nous précisent ce qui, vu de l'extérieur, différencie une lettre de 3000 g et un colis de 3 kg. D'un côté, une lettre de 900 pages qu'on écrit à sa grand-mère ; de l'autre les oeuvres de Balzac en format de poche... En nous entraînant sur le terrain de la nature des objets (3), La Poste trahit son histoire et ses traditions au détriment de ses propres clients. Auparavant, les seules fois où elle demandait de justifier les contenus, c'était pour permettre des tarifs réduits : imprimés sous enveloppes non fermées, journaux enroulés de bandes de papier... Aujourd'hui, elle cherche à savoir pour appliquer des prix prohibitifs, considérant, sans doute, que tout ce qui n'est pas une "lettre" est une marchandise à surtaxer. Encore un peu et nous reviendrons à l'ancien régime, aux octrois, aux péages sur les ponts, au droit de timbre sur les transports de viande ou d'alcool. Et pourquoi pas des tarifs postaux calculés sur le poids ET la distance, comme avant 1849 ? Ce n'est pas une plaisanterie : La Poste a déjà étudié la question. Ce caractère prohibitif du Colissimo et de la Lettre Max est un aveu de dégradation du service rendu. On fait aujourd'hui payer au client/ usager ce qui était autrefois normal, donc compris dans le prix du service. Il y a quarante ans, on adressait un courrier/ un colis et l'on savait qu'il arrivait toujours, dans les meilleurs délais possibles. On envoyait des imprimés, des journaux, des livres : ils bénéficiaient d'un tarif réduit. Aujourd'hui, on veut une garantie que La Poste va bien distribuer la lettre ? Il faut payer. On veut qu'elle le fasse dans les meilleurs délais ? Il faut payer encore. On envoi un imprimé ou un enregistrement numérique ? Il faut payer un supplément. Certes, le trafic s'est considérablement accru durant ces décennies. Mais les technologies de traitement et d'acheminement ont également fait d'immenses progrès. Comme dans d'autres domaines, le petit client n'en bénéficie pas. Le courrier émane aujourd'hui à 85 % des entreprises, lesquelles bénéficient généralement de tarifs préférentiels. Parce que le particulier n'a ni les moyens de se passer de La Poste ni le poids pour négocier les prix, c'est sur lui que pèsent les hausses tarifaires les plus fortes. Quand La Poste annonce le plus sérieusement du monde qu'elle distribue les lettres à 81,2 % en J+1 (le lendemain de l'expédition) contre 67 % en 2002, elle oublie un peu vite qu'elle annonçait des chiffres proches de 80 % dans la période 1995-1997 et que, dans les années 1980, elle visait les 90 %... Sans parler du courrier "évaporé" qui a encore fait l'objet d'un article accablant, fin février, dans le magazine Que Choisir (4). "Payer plus, pour moins de services", tel pourrait être le nouveau slogan de La Poste. | ||||||||||||
| Sans crier gare, La Poste semble avoir supprimé le Distingo suivi. La page "Distingo suivi"
du site de La Poste, s'ouvre désormais sur une offre de... Lettre
Max, nettement plus onéreuse, où l'emballage cartonné remplace
l'enveloppe
en Tyvex© indéchirable. La gamme Distingo suivi est pourtant bien
présente sur les tarifs postaux (pdf) du 1er mars dernier. [Note : quelques jours après cet article, La Poste a supprimé la page "Distingo suivi et l'a remplacée par une page "Lettre Max"] La Poste a-t-elle informé ses clients ou a-t-elle modifié son offre en douce ? Ce serait un procédé plutôt cavalier. Certes, la Lettre Max prévoit une indemnisation en cas de perte. Mais elle le fait payer cher : + 8,6 % pour une Lettre Max de 50 g par rapport à un Distingo suivi (2,40 euros contre 2,21 euros), + 26,5 % pour l'échelon 20 g (2,10 euros contre 1,66 euro) ! La Poste fait croire qu'elle offre un nouveau service ; en fait, elle le fait payer à l'ensemble des usagers. C'est le système des émissions de télévision qui financent les lots à gagner par les appels surtaxés des téléspectateurs. À ceci près qu'on est jamais obligé de participer à ces émissions-loteries alors que La Poste est en situation de monopole sur les premiers échelons de poids du courrier. Ce n'est donc plus une proposition mais une contrainte. Comme expliqué plus haut, c'est un net recul du service public et cela consiste à faire payer ce qui était gratuit. 9.4.08 | ||||||||||||
| (1)Avis 08-002 de l'Arcep (pdf) (2) Dimensions minimales et maximales des objets de correspondance. Source : laposte.fr
Envoi de correspondance : Envoi postal ne dépassant pas trois kilogrammes et comportant une communication écrite sur un support matériel, à l‘exclusion des livres, catalogues, journaux, périodiques et marchandises avec ou sans valeur commerciale. Sauf mention particulière, les offres courrier figurant sur les affiches tarifaires sont des envois de correspondance. Même si elle précise, dans le même temps : "La Poste s‘engage à respecter la réglementation en vigueur en matière de secret des correspondances." Source : laposte.fr (4) Que Choisir en ligne | ||||||||||||
| 19.3.08 |
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