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Oblitérations de complaisance
France et Um-al-Qiwain : même combat !

Les timbres neufs avec gomme intacte revêtus d'une pseudo-oblitération, les philatélistes du monde entier connaissent : c'était un procédé largement utilisé, en particulier dans les années 1970, pour alimenter les pochettes de timbres bon marché destinées aux enfants et aux collectionneurs débutants. Certains pays n'ont eu d'existence philatélique que sous cette forme : Q'aiti, Ajman, Manama, Fujeira, Ras-al-Khaima, Sharjah et autres confettis sablonneux de la péninsule Arabique dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils n'en ont pas tiré une réputation philatélique impérissable... D'autres pays s'y sont essayés plus ou moins longtemps comme la Russie, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, Cuba, dévalorisant ainsi durablement leur philatélie pourtant ancienne et estimée. D'autres encore, comme le Laos, Saint-Thomas-et-Prince, plusieurs pays d'Afrique francophone et la Corée du Nord ont poursuivi cette pratique. À cette liste peu glorieuse, il faut désormais ajouter un nouveau venu : la France. 
Objet du "délit" : un fragment de bloc "La France à voir" diffusé par les Éditions Fabbri dans une série de fascicules intitulée "Timbres Collection" (1). On y retrouve les ingrédients de l'oblitération de complaisance industrielle : timbres gommés, cachet Premier jour illustré apposé à la machine.
Quelques remarques :
- les blocs n'ont pas été séparés selon les pointillés préexistants mais coupés en deux au massicot ;
- s'agit-il d'un recyclage d'invendus ou d'un retirage spécialement pour les fascicules ? Le premier cas est fort probable car peu onéreux ; le second est techniquement compliqué et coûteux ;
- l'oblitération Premier jour est du 2 septembre 2006. Il y a fort à parier qu'elle a été réalisée pour l'occasion, soit deux ans et demi après l'émission.
Oblitération de complaisance de La Poste
On est loin de la règle des huit semaines que La Poste applique aux collectionneurs...

Ces oblitérés de complaisance ne sont pas les premiers, en France. En 1989, La Poste avait participé au lancement du magazine Timbroloisirs en offrant, avec le premier numéro, une pochette contenant quelques timbres. Il ne s'agissait alors que de timbres-taxe dont l'usage avait été abandonné quelques mois plus tôt (2). Par la suite, La Poste s'était empressée de ne pas renouveler l'opération et de refuser toutes les autres sollicitations que, sous peine d'être accusée de favoritisme, elle aurait dû accepter. Mais, entre temps, elle avait compris son erreur. Car de telles oblitérations de complaisance, si elles sont acceptables pour de petits pays ou pour des philatélies "bas de gamme", ne le sont pas pour des Postes prétendant entretenir une philatélie de qualité, de valeur, et de standing.
Il y a vingt ans, La Poste s'était donc dit qu'on ne l'y reprendrait pas deux fois. Elle a effectivement été accusée d'avoir fait une faveur au magazine philatélique de Georges Bartoli. En réalité, elle avait reconnu son erreur et ne l'avait pas renouvelée...

Mais c'était La Poste de 1988. Celle-ci ne semble plus régie par les mêmes objectifs ni les mêmes réticences. A-t-elle au moins mesuré les conséquences d'une telle pratique ?

Où est le problème, me direz-vous ? C'est une question de fond, non de forme. Un timbre neuf a une certaine valeur correspondant à un service (public) à rendre. Tant pour une lettre, tant pour un écopli, etc. Dès qu'il sert, il est annulé pour ne plus servir de nouveau. On a donc un timbre oblitéré qui a rempli son office.
D'un autre côté, on a des stocks de timbres invendus qui sont annulés à la chaîne ou,pire, des timbres dont l'oblitération est imprimée en même temps qu'eux. Qu'obtenons-nous ? Des apparences de timbres. Des "ersatz" de timbres. De loin, ça ressemble à des timbres mais ce ne sont que des bouts de papier imprimés n'ayant jamais eu la moindre valeur, qu'elle soit postale, monétaire, ou d'un point de vue de la collection. Rien à voir avec de vrais timbres qui ont ou qui vont remplir leur mission d'affranchissement du courrier.

Pour un collectionneur débutant, cela ne fait pas de différence. Les lecteurs des Éditions Fabbri devraient être satisfaits. Mais la philatélie française n'a rien à y gagner. Ces oblitérations factices déprécient le timbre. Elles le transforment en un vulgaire prospectus publicitaire comme ceux qui sont distribués dans la rue avant d'être jetés. La Poste relance une pratique que la plupart de ses homologues étrangères ont abandonnée depuis des lustres et elle ouvre un nouvel épisode de dévalorisation du timbre français. 

Comment fera-t-elle, désormais, pour refuser d'autres opérations promotionnelles de ce type et comment évitera-t-elle que nos timbres soient un jour classés dans des albums titrés "Émissions de fantaisie", juste à côté de ceux d'Um-al-Qiwain ?
28.1.09


(1) On ne peut que soutenir cette initiative des Éditions Fabbri, la dernière en date pour parler de timbres au grand public. Si je suis plus réservé sur la qualité rédactionnelle et le choix des sujets, si le coût final s'annonce très élevé (n'oublions pas qu'il s'agit d'une opération commerciale...), rares sont les éditeurs qui misent aujourd'hui sur la philatélie pour lancer des séries de fascicules.
(2) En France, les timbres-taxe ont été supprimés le 18 novembre 1988.



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C'est donc au moins le deuxième client de La Poste à bénéficier de cette faveur : fin 2006/ début 2007 est sorti un livre, Mon 1er album complètement timbré (Éditions Mango). Y étaient inclus des timbres en francs neufs oblitérés d'un cachet sans date.
Autrefois, il était possible d'acheter les timbres neufs et oblitérés au service philatélique de La Poste. C'était une option gratuite avec les abonnements. Un jour, j'ai reçu un courrier m'indiquant que ce n'était plus possible et qu'il me faudrait dorénavant aller les faire
oblitérer moi-même dans le bureau de Poste de mon choix. SP
Lorsque La Poste diffuse des timbres gratuitement dans le but de faire découvrir la philatélie, il est normal que les timbres en question soient rendus impropres à l'affranchissement. Ainsi, les exemplaires distribués dans les écoles étaient-ils marqué d'un cachet arc de cercle. Pas post-datés d'un pseudo Premier jour dans le cadre d'une opération commerciale.
L'abonnement proposé par le Service philatélique était gratuit pour l'oblitération mais les timbres étaient vendus à leur valeur faciale. Qu'il faille désormais les faire faire soi-même, je n'y vois aucun inconvénient. Sauf que, réglementairement, les bureaux de poste n'ont pas le droit de vous redonner une lettre qu'ils ont oblitérée avec un cachet à date ordinaire. La lettre doit obligatoirement être intégrée dans le service postal.
Et l'on en arrive à cette conclusion : pour obtenir un timbre oblitéré, l'idéal est que celui-ci affranchisse un courrier. Étonnant, non ?
 CJ
2.2.09

Chez tous les marchands de journaux que j'ai visités, c'est la même moitié de bloc qui est proposée. Peut-être que l'autre moitié sera plus rare, donc cotée plus cher ? TG
Cotée ? Que voulez-vous coter ? Avec cette masse de demi-blocs, le seul mouvement possible est à la baisse. Quant à l'autre moitié, patience : la collection Fabbri ne fait que commencer. CJ
2.2.09

La Poste se moque de ses abonnés, de ceux qui lui permettent de survivre. Les éditions Fabbri sont simplement un ramassis de philatélie qui n'apportera rien aux futurs intéressés. La Poste se dégrade et cela ne date pas d'aujourd'hui. Demain il n'y aura plus de timbres véritables mais des vignettes de papier gommé du même ordre que les images de chocolats ou de biscuits. Un conseil : investissez dans des choses concrètes mais plus dans les timbres-poste !
GL, un philatéliste déçu qui refuse maintenant d'être exploité.
Je vous trouve bien pessimiste. Que la philatélie fasse (encore) l'objet d'une édition de fascicules pour le grand public est plutôt encourageant.  C'est une des seules façons de susciter de nouvelles vocations. Que le niveau de cette édition et des objets (timbres, fournitures...) offerts ne soit pas très élevé, rien de plus légitime. Que l'éditeur y gagne de l'argent, c'est bien la moindre des choses et la condition sine qua non pour qu'on renouvelle la formule. Rappelez-vous qu'en temps normal, La Poste est la seule source d'information philatélique pour le grand public. Et quand on voit sa conception de la philatélie, on peut se faire du souci quant à l'avenir de notre passion commune. 
Pour ce qui est d'"investir" dans le timbre, je ne le conseillerais pas plus que dans la bourse, la pierre, les Ferrari ou les scoubidous. En revanche, on peut toujours collectionner. Avec grand plaisir. Les vrais timbres. CJ
6.5.09


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